Publié le 9 Juin 2011

ahwach

La culture populaire est un constituant essentiel  de la vie des groupes sociaux, elle est l’odeur de leurs  façons  d’être, de voir le monde et   de penser. L’article que nous proposons présente des formes d’expression  populaire, en l’occurrence les danses de la région de Tata ; il examinera dans un premier lieu la question théorique en évoquant le développement du folklore dans un cadre  universel, l’article parlera dans un deuxième temps des danses folkloriques pratiquées à Fam El Hisn. 

I : Le folklore, un génie du peuple.

1 : Le concept Folklore :

Ce n’est qu’en 1846 que le mot Folklore a vu le jour, en vertu de la publication d’un article par l’écrivain britannique  William John Thoms  dans une revue française d’anthropologie. Dans cet écrit, Thoms met en évidence le fait que les coutumes et tout ce qui se rapporte à la culture populaire doivent être étudiés isolément, et c’est pour cette finalité qu’il a créé le terme folklore pour la première fois. D’ores et déjà, l’étude du folklore s’est développée  de manière indépendante en s’écartant d’autres champs  qui l’englobaient tels que l’anthropologie et l’ethnologie.

Le mot anglais folklore qui s’explique comme suit :

-         Folk : peuple.

-          Lore : savoir

désigne l’ensemble des productions collectives produites par une population délimitée dans le temps et dans l’espace et susceptibles d’être transmises d’un groupe humain à un autre dans le but  d’assurer à cet art du peuple une pérennité. Ces formes folkloriques peuvent être des contes, des récits, des musiques, des danses, des croyances, des chants populaires…

Après l’émergence de l’étude du folklore, l’intérêt accordé à ces formes d’expression collective était remarquable ; les initiatives des frères Jacob et Wilhelm Grimm Au xviiie siècle se prêtaient comme un grand tournant dans l’histoire de ce domaine compte tenu des recherches qu’ils ont menées  pour rassembler les traditions orales des populations germaniques. Le travail des frères Grimm consistait à découvrir le génie du peuple à travers les  multiples formes  d’expression orale. Notons que les initiatives des deux frères étaient imitées dans d’autres pays de l’Europe.

 Le mot Folklore était  repris tel quel en France,  en outre, des chercheurs dans ce domaine ont fait leur apparition pour  tenter  de trouver une approche scientifique pour l’étude du folklore en mettant l’accent sur le caractère collectif des productions folkloriques.

2 : Les traditions orales :

L’histoire universelle nous apprend que les traditions orales remontent à un âge lointain. En effet, les récits racontés par Homère  dans les cours royales à l’époque grecque, l’Iliade et l’Odyssée attribués à ce conteur, figurent parmi les récits les plus connus ; les   récits homériques étaient récités lors des fêtes grecques et enseignés aux enfants. En sus,    Ils sont devenus une source d’imprégnation pour  des philosophes, des écrivains et des cinéastes.

La France de la fin du  XI siècle connait l’apparition  des trouvères et des troubadours qui sont des poètes, des musiciens et danseurs. En fait, l’intérêt accordé  à l’art par les nobles à l’époque  donnait l’occasion à ces deux groupes pour divertir et amuser les habitants des régions de langue d’Oc au sud  et celles de langue  d’Oїl au nord en associant les danses aux poèmes et à la musique.

En Afrique noire, les griots ont pris l’initiative pour divertir et éduquer par la relation des contes, d’épopées ou de récits imaginaires véhiculant des valeurs morales. Choisis pour leur excellente mémoire,  les griots d’Afrique apprenaient par cœur différents récits afin de les présenter devant un large auditoire tout en les accompagnant de la  musique. Cet aspect de richesse au niveau des traditions orales de l’Afrique noire a   suscité l’intérêt chez pas mal de chercheurs puisqu’ « en Afrique, quand un vieillard meurt, c’est toute une bibliothèque qui brûle.» comme l’affirme   l’écrivain et historien malien Amadou Hampâté Bâ.

3 : Le folklore arabe : Jeha comme exemple :

La culture arabe est riche en matière des productions folkloriques, les aventures de Jeha en est un exemple très important dans le sens où elles décèlent moult significations culturelles. Jeha l’arabe n’est, tout d’abord, pas une figure fictive comme croient plusieurs, mais la personne de Jeha a réellement existé puisque l’ouvrage Joha Lârabi (Jeha l’arabe) de Mohamed RAJAB NAJAR précise que Jeha est né au cours du premier siècle de l’hégire et a passé la majorité de sa vie à Alkofa.

La personne de  Jeha s’est distinguée par un style exceptionnel qu’est le conte amusant. D’ailleurs, des ouvrages l’introduisent sous l’appellation suivante : les raretés. Par ailleurs, ces contes loin d’avoir pour unique et seul but divertir, ils véhiculent une autre visée morale qui tend à créer chez le récepteur une intelligence comportementale devant une banque de situations relevant de la  vie de tous les jours.

La personne de Jeha n’est plus un mythe ou encore une invention arabe, il s’agit cependant, d’un individu où se projette la personnalité arabe qui se comporte devant des situations à la fois diverses et inhabituelles en faisant mine d’un esprit d’humour et qui n’est pas dénué de tout sens de raisonnement. Par conséquent, Jeha/l’arabe n’est guère naïf ou  idiot, il est par contre  une personne qui privilégie  le recours à des raisonnements amusants pour trouver des solutions à des faits vécus. Ainsi,  les récits de Jeha que lisent nos petits enfants et parfois nos adultes se fixent deux finalité majeurs qui sont l’humour et la morale ; deux valeurs qui ne sont pas divergente ; l’une complète l’autre.

4 : Le Maroc  et la question de diversité culturelle.

L’une des réalités incontournables qu’on peut constater dans le cas du Maroc est la diversité culturelle, au Maroc chaque région se distingue par ses propres traditions ce qui fait montre d’une pluralité culturelle. La place de Jamaâ Lafna  qui est déclarée comme patrimoine oral mondial en 2000 est un lieu où se manifeste fortement cette richesse culturelle ; à Jamaâ Lafna les touristes marocains ou étrangers s’aperçoivent aisément de  cette réalité  en observant les différentes formes d’expression qui s’y pratiquent (contes, chants, danses…).

II : Présentation de la région de Fam El Hisn.

rLa région de Fam El Hisn (à 146 kilomètres de la ville de Tata ) se situe au pied de la chaîne montagneuse  l'Anti-Atlas, elle est délimitée par la montagne   Bani,  la plaine de l'oued Draa et par  la montagne de Wargziz. La région s'étend sur une superficie de 7900 km; laquelle superficie est répartie sur un nombre de 21 douars dont le nombre de la population est de l'ordre de 7089  organisé sur la rive de l'oued Tamanart.                                                           

1 : Le relief :                                               

La région se compose essentiellement d'un archaïque  monceau remontant à la période de la construction de l'Anti-Atlas. Du coup, on peut distinguer entre deux unités de relief que nous expliciterons ci-dessous:                                                               

- L'unité montagneuse : Elle couvre une surface considérable ce qui explique en grande partie que les montagnes est le type de relief le plus prépondérant dans la région, à cela s'ajoute que cette unité se caractérise par une altitude qui peut atteindre 1400 mètres.

- L'unité basse : Quant  à elle, l'unité basse trouve ses grandes manifestations à la fois dans les collines et les issues qui se trouvent entre les montagnes.

2 : La genèse d'une appellation : Fam  El Hisn:

Il est évidemment reconnu que l'une des dimensions les plus importantes,  quelle que soit la nature de l'étude effectuée, est le toponyme véhiculant en lui-même un sens et une richesse historique.

          Jadis on appelait la région "Imi Wagadir" le nom que gardent les plus âgés dans leur langue de tous les jours.              

-         Imi : la bouche, (l'issue ).                                                        

-         Agadir : la forteresse, (les remparts).                                      

 "Imi Wagadir" mot qui relève principalement de la langue amazigh explique en grande partie que les premiers habitants de la région étaient certainement des Amazighs, l'appellation se  trouve traduite en arabe par l'expression " Fam El Hisn" pour avoir comme signification l'issue de la forteresse.                       

           L'origine du toponyme  "Imi Wagadir" se justifie par le fait que la région se présente sous la forme d'une forteresse entourée naturellement par des montagnes, en l'occurrence, Bani et Wargziz. Celles-ci, sont conçues comme étant des remparts assurant une sorte de protection   à la région.             

De même, il est fort possible que le mot  "Imi Wagadir" tire son origine de l'hypothèse qui prétend que  Fam El Hisn était pratiquement entourée par une  grande muraille qui n'est plus existante  à nos jours, et que ses manifestations se sont emmêlées vu un certain nombre de raison telles que les circonstances  naturelles,  climatiques et la dispersion  des habitants.                                         

3 : Les habitants de Fam El Hisn :                                  

Dans la finalité de tracer un petit aperçu historique à propos des premiers habitants de la région nous dirons que la région a connu une présence ancienne des habitants ce qui s'explique grossièrement  par les vestiges archéologiques  découverts dans la région et  ses environs, les vestiges trouvés sont:                        

-  Des gravures de  quelques animaux tels que  les  éléphants et les  vaches.                                

- Quelques symboles géométriques qui se trouvent dans divers lieux et dont le sens est resté énigmatique jusqu'à présent.                                

Les groupes de cette époque ont connu une espèce de crispation au niveau relationnel. En effet, ils construisaient  tantôt de bonnes  relations, tantôt  ils  provoquaient des conflits qui duraient longtemps. Pour vivre, ces groupes faisaient appel à ce qu'on peut appeler un pacte consensuel qui résidait en la mise d'accord sur un nombre de conventions qui jalonnaient leur vie sociale, économique et politique.                                                            

 Bien qu'il ne soit  pas enraciné dans les pratiques  des habitants de l'époque, l'Islam a pu toucher la région grâce à l'installation du prêcheur Abdallah Ben Yassin ELJAZOULI, qui a fait d'Akrad Tamanart son lieu de résidence pour faire sa vulgarisation religieuse au niveau des  régions où s’installaient les caravanes commerciales traversant le Sahara.                                                                                          

        Il est à souligner que la région a connu la présence d'une minorité Juive. Celle-ci, exerçait l'artisanat, néanmoins les relations conflictuelles qui commençaient à se sentir entre cette communauté et les habitants de la région ont obligé les juifs à partir.                                                                                            

4 : La scène culturelle à Fam El hisn.

La scène culturelle de Fam El Hisn se caractérise par sa diversité remarquable, le travail associatif  y est déjà présent ce qui favorise davantage  l'action de la société civile. Il est à souligner également que le festival culturel et artistique de la région qui se tient de façon annuelle vient pour favoriser l’art et les traditions musicales de la région

5 : Les danses folkloriques :

5.1 : La  danse d’Ahwach.

set--9-.JPGAhwach est le nom donné à une danse qu’on pratique dans les régions de  Anti-Atlas, Haut-Atlas et Souss lors des festivités collectives telles que les mariages et les différents festivals qui s’organisent dans ces régions.

         La danse d’Ahwach peut être faite par les femmes,  les hommes ou encore les deux à la fois, chacun assume une fonction bien précise. On s’organise sous forme de cercle, arc ou ligne horizontale pour pratiquer cette danse ; les instruments de musique utilisés sont  des instruments à percussion et à vent (Ganga (sorte de tambour), flûte, tam-tam.)

Dans le cas où la danse d’Ahwach connait la présence des femmes, celles-ci se chargent de reproduire les paroles chantées par les hommes et émettre d’un temps à l’autre des youyous pour créer un climat d’ambiance et faire signe d’acquiescement envers la  beauté des chants.

La danse d’Ahwach peur prendre la forme de ce qu’on appelle  Indamn ;  un chant dialogué qui  ressemble à une joute orale. Les participants,  y compris les femmes, forment deux parties l’une rivalise avec l’autre. Chaque partie à un improvisateur ; c’est-à-dire la personne censée émettre des paroles pour évoquer l’improvisateur de l’autre partie. Quant aux sujets évoqués dans cette rencontre, ils peuvent avoir  un cachet local ; les improvisateurs parlent des sujets de leur vie quotidienne ainsi que des thématiques qui puisent dans l’actualité nationale et internationale. On utilise des instruments de musique à percussion comme Ganga et les tambourins et  les femmes favorisent ce climat musical via leurs youyous.

Parfois les improvisateurs s’échangent des paroles très sévères qui peuvent dévaloriser ou encore froisser  l’autre partie, mais cette situation conflictuelle fera son terme dès qu’on termine le spectacle ; c’est-à-dire que les conflits constatés lors  d’Indamn ne se prolongent jamais et reste prisonniers du cercle de la présentation.

        Quant aux thèmes évoqués dans la danse d’Ahwach, ils ont un caractère local, national et international.  En effet, ces chats parlent :

-         Des problèmes entre les tribus de la région.

-         De la situation politique et les élections.

-         De l’actualité nationale, par exemple : l’autonomie du Sahara marocain.

-         De l’actualité mondiale : la guerre en Iraq, en Palestine en guise d’illustration.

Lors de la présence étrangère dans la région, cette danse était conçue comme un terrain propice pour  conspirer contre les envahisseurs en se mettant d’accord sur les projets à entamer pour ce faire.

        Quant à l’image de la femme dans ce type de danse, elle est introduite parfois  dans  les chants par des termes renvoyant à  des  animaux domestiques comme la gazelle ce qui revient à dire qu’on assiste à une incarnation en termes  élogieux de la femme qui a une place très importante dans les communautés du sud marocain.

5.2 :  Lgadra.

set (15)Lgadra est une danse populaire très ancienne pratiquée dans les régions sahariennes. L’appellation Lgadra tire son origine du fait que le seul instrument musical utilisé dans cette danse est Lgadra qui est un instrument à percussion obtenu après avoir couvert un récipient en boue avec de  la peau,  qui doit être  exposée aux rayons de soleil,  des animaux tels que les chèvres et les chameaux.   Pour ce qui est du son musical, il est produit en vertu des tapes sur le dessus du récipient à l’aide de deux baguettes minces.

Les participants à cette danse, qui sont généralement des jeunes ou des hommes, s’organisent sous forme de cercle pour produire des chants sur le rythme du son musical produit par les tapes sur l’objet Lgadra, les applaudissements et parfois le son des  tam-tams.  Les chants émis par les participants peuvent se présenter comme un dialogue qui dépend du genre de l’occasion.

         Par ailleurs, le groupe qui effectue cette danse  alterne entre deux positions ; celle d’être assis ou celle de se tenir debout sur les genoux en applaudissant et faisant des mouvements à gauche et à droite.   

         La femme n’est pas définitivement absente lors de la réalisation de cette danse. En fait, une fille qui porte entièrement le malhaf (sorte de vêtements sahariens) accède au centre du cercle et commence à chanter, danser à la manière des membres du groupe. Lors des cérémonies de mariage, la mariée rejoint le groupe en déguisant son visage, et c’est au mari d’entrer au centre du cercle pour dévoiler le visage de sa femme en lui suspendant sur la poitrine une arme, geste qui connote la protection  - déclarée devant tous les assistants-  qu’accordera le mari a sa femme au fil de leurs vie matrimoniale.

5.3 :  Lharma.

Pratiquée par plusieurs régions sahariennes, Lharma  renvoie au son rythmé des pieds. Le son musical qui accompagne les paroles n’est autre que le son produit par les coups donnés par les pieds sur le sol, ce qui revient à dire que cette danse se caractérise par l’absence de toute sorte  d’instruments musicaux.

Une personne âgée est censée inaugurer les chants, le travail des autres participants consiste à reprendre les paroles de la personne en veillant à ce que le son qui résulte du contact des pieds avec le sol soit en parfait accord avec le rythme des chants,  ce qui rend le spectacle   émouvant et  attire l’attention de l’auditoire.  Cette danse est réservée aux hommes, toutefois,  des sources avancent qu’elle est pratiquée par les femmes mais rarement.

Quant aux thèmes, les chants de Lharma peuvent :

-         Evoquer des événements historiques d’une grande importance pour la population.

-         Parler des bonnes vertus.

-         Décrire une tribu ou une personne de façon valorisante ou dévalorisante.

Dernier mot

En guise de conclusion ; les danses folkloriques pratiquées à Fam El Hisn    que nous avons présentées succinctement  relèvent ostensiblement de l’art du peuple qui accompagnera viscéralement la vie et le développement des sociétés. A cela s’ajoute que l’Homme du Sahara a essayé de  tuer symboliquement la nature des régions sahariennes en inventant maintes formes d’expressions populaires dans le dessein de s’exprimer, d’exprimer sa vision du monde et établir une relation équilibrée avec le milieu géographique, social et politique.

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N : B : Nous avons opté pour le qualificatif folklorique pour des raisons essentiellement épistémologiques en gardant l’esprit théorique de l’étude du folklore.  

- Récapitulatif bibliographique :

-         - Mohamed RAJAB NAJAR, Joha Lârabi (Jeha l’arabe), Série Alam Lmaârifa Octobre 1978.

-        - Rachid HAHI, Alamazighya wa solta (l’amazighité et le pouvoir) Dafatir 2009.

-         L’introduction de “Musique de Safi” de Allal Ragoug faite par Mostapha MOHSIN.

-        - Mohamed RAMOUCH et Iddmou, Mounoghrafyat Fam El Hisn (monographie de Fam El Hisn), mémoire de licence 1992.

-         -Hasin MOANIS, Alhadara (la civilisation), Série Alam Lmaârifa 1978.

-         Encyclopédie Encarta 2007.

-        - Nous avons fait des sorties culturelles avec l’association Timglit qui œuvre dans la préservation du patrimoine artistique à Fam El Hisn.

-         - Nous avons également assisté à des rencontres où on présente la richesse artistique de la région (Festival culturel et artistique de la région, célébration d’Assagas Amaynou ( nouvel an amazigh), et d’autres occasions.

-         -Nous avons fait des rencontres orales avec des natifs de la région.

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Rédigé par raja abdelkader

Publié dans #Histoire et traditions

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