le thème de la descente aux enfers dans La Modification de Michel Butor

Publié le 17 Mai 2007

Michel Butor est très influencé par les œuvres d’art d’une manière générale, déjà son caractère encyclopédique lui a permis de s’ouvrir sur l’art, ce qui se manifeste amplement dans ses œuvres et plus particulièrement La Modification.

Lorsque   les mythes  ne sont plus des objets de foi ils deviennent de simples fables qui continuent d’imprégner l’imaginaire de l’homme étant donné qu’ils sont des sources d’inspiration pour les artistes et les écrivains, dans La Modification de Michel Butor le côté mythologique occupe une  grande place.

A travers Léon Delmont, Butor reprend le mythe d’Enée. Celui-ci partage en commun avec Léon le fait que les deux  effectuent un voyage initiatique. Le mythe d’Enée est introduit sans la moindre indication, ni la brève introduction, néanmoins il y a des indications  pour les découvrir il faut recourir à une lecture en filigrane. A ce propos Léon dit : « Vous essayez une autre position, fermant les yeux parce que la lumière commence à vous gêner. »( La Modification , p : 214), moyennant cette phrase le lecteur et Léon  entament ensemble un transfert profond de l’état conscient vers l’état inconscient.  Il s’agit comme le détermine Nathalie Sarraute dans son livre le langage dans l’art du roman  des « Mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience ; il sont à l’origine de nos gestes. », au niveau de la narration  nous constatons effectivement un grand changement à savoir le pronom personnel vous qui se transforme  en un il qui laisse le sujet suspendu.

La phrase « S’il sent vraiment une fumée, c’est qu’il doit y avoir quelqu’un. »( La Modification , p : Ibid), nous fait entrer  au sein du  mythe d’Enée, celui-ci entend en approchant « Une autre respiration lourde, rauque. » ( La Modification , p : Ibid), il s’agit en effet d’ « Une femme immobile qui regarde un livre. »   ( La Modification , p : Ibid), elle a un « Cœur sauvage » (Chant VI de L’Enéide de Virgile), qui « Se gonfle de rage et elle apparaît plus grande. »(Ibid). En outre,  son « Chuchotement considérablement amplifié devient semblable au bruit que fait le train dans un tunnel.» ( La Modification , p : 214), de même que « Sa voix n’est plus d’une mortelle quand l’atteint le souffle puissant. » (Chant VI de L’Enéide de Virgile), nous remarquons  vraiment la même représentation de la Sibylle et sa grandeur sauf que le mythe prendra par la suite une forme légèrement différente dans la mesure où les deux gâteaux : « Je puis te munir de ces deux gâteaux. » dit la Sibylle.  ( La Modification , p : 215) prendront la place du rameau d’or. Par l’intégration de ce mythe Léon veut comparer  son voyage au voyage d’Enée, mais cette fois  en ironisant car le voyage d’Enée vise un but noble.  Le voyage de Léon a un dessein fastidieux , en l’occurrence, la trahison, Enée cherche à découvrir le pays des morts et à s’assurer sur ses descendants, Léon entame son voyage pour le but inverse, c’est- à- dire trahir sa femme.

(la sybille de Cumes)

Quand au dernier jugement de Michel-Ange il est introduit par Léon en disant : « Il n y a plus qu’un nuage épais qui se répand dans le lointain. »( La Modification , p : 216), accompagné d’une « Grosse lueur orange dans la vapeur. »(Ibid), Léon ajoute :  « Sur une chaise curule est assis quelqu’un nettement plus grand qu’un homme. »( La Modification , p : 226), toutefois la constatation que cet homme a deux visage ; le premier est « Tourné vers le malheureux » ( La Modification , p : 225) et : « L’autre tourné vers la porte. »(Ibid) se trouve modifié à son tour ;  par cette interprétation Léon veut nous révéler que l’homme assis n’est autre que Léon lui-même ; la porte signifie que Léon pense au retour.  Le malheureux que représente l’autre visage est une image métaphorique de ce but ignoble que Léon  cherche à accomplir.

(Vue générale du Jugement dernier)

Léon passe à un autre détail à savoir Charon en disant :  « Une barque sans voile avec un vieillard debout armé d’une rame qu’il tient levée  sur son épaule, comme prêt à frapper. »( La Modification , p ,220), l’image ne représente plus un vieillard, mais elle présente un homme fabuleux prêt à tout engloutir, nous assistons  ici à une personnification de Charon ; le vieillard n’est encore autre que Léon qui , selon la première phrase du roman, nous parait  comme un  vieillard par excellence. Léon révèle par la suite qu’ « Il y a une odeur de roseau, de vase »( La Modification , p :224), c’est une constatation purement ironique dans l sens  où le tableau ne livre aucune odeur.

A la fin de la page 220 Léon détermine que la barque de Charon est en fait le train de Léon « Puis il est passé sous la porte Majeure et vous êtes entré à Rome. » ce qui signifie qu’il y a vraiment « Une certain inadaptation du langage du passé. »(Lalande (B), 1984, La Modification , p : 47, Paris, Hatier).  

Charon détail

En somme les références mythologiques comme les références historiques sont très récurrentes dans La Modification de manière à permettre Léon de se découvrir en temps qu’un  homme occidental, et également pour fuir la prise de conscience.

 Léon se trouvera « Soudain dans une route toute autre de celle à laquelle il s’attendait, dans une lumière toute autre. » ( La Modification , p : 282), ce qui signifie que la barque de Léon est déjà paralysée.

 

Rédigé par raja abdelkader

Publié dans #analyse littéraire

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Commenter cet article

sidik 19/05/2007 23:30

Tu sais, tu radotes, tu délires … fais des bonnes choses  ou tire , toi ou pour ton mieux disparaît