La région d’Ayir : Histoire, potentialités et patrimoine

Publié le 20 Janvier 2015

 

couverture 

       La région d’Ayir, qui s’étend sur une superficie de 321 km ², se situe au nord de la ville de Safi, elle est délimitée du sud par la commune de Baddouza, et par la commune de Oualidia au nord. Quant à l’est, la région  est bornée par les communes Moul Bergui et Had Hrara. Par ailleurs, l’océan  atlantique en constitue la limite à  l’ouest. Les habitants de la région se regroupent sous forme de douars, ceux-ci sont de l’ordre de 38 contenant un nombre d’habitants qui a atteint 24.176 H comme en témoigne le recensement de 2004.


       Autrefois, les Ayiriens habitaient des chaumières construites par des matériaux à base de paille; ces chaumières étaient dressées aux quatre coins ainsi qu’au centre grâce à des piliers en bois obtenus après le façonnage des arbres de la région. En guise de protection, ces chaumières étaient entourées par des haies du figuier, des pierres ou encore les deux à la fois.

       

        De nos jours, ces formes d’habitations relèvent du passé et ne sont guère habitées. En fait, les Ayiriens commencent à construire des logements modernes après l’obtention d’un plan de construction ce qui a changé le paysage de certains villages  comme  la Casbah, Laakarta, Hyout Châir et  la zaouïa  de  Sidi Ahmed Radi.

      

         Les habitants de la région à l’instar de ceux des régions côtières ont subsisté en exerçant des activités comme l’agriculture, l’élevage du bétail et la pêche maritime.

  L’agriculture et l’élevage du bétail :

       L’agriculture est l’activité  la plus exercée dans la région parce qu’elle est  favorisée par la présence d’un sol assez  riche qui se  trouve surtout dans le périmètre irrigué, sans oublier les conditions climatiques, une nappe phréatique  très importante et la domination des plateaux. Par conséquent, les habitants cultivent   les céréales (le blé, l’orge et le maïs) grâce à une pluviométrie propice.  La région d’Ayir est connue, de surcroit, par la qualité de ses légumes et ses fruits qui, en sus d’une consommation à domicile gagnent les marchés nationaux et internationaux.

       Ainsi, dans le but  de borner  leurs propriétés agricoles et garantir aux récoltes des conditions propices de croissance,  les agriculteurs font appel à un procédé qui consiste à protéger les vergers par des clôtures produites sur la base d’un assemblage d’ arbustes et de  roseaux.  Les cultivateurs travaillent également ou de plus en plus  dans des serres ; celles-ci donnent  aux différentes plantes de meilleures conditions de croissance et leur  offrent   un climat fort adéquat en les protégeant contre le vent, la pluie et la chaleur. Ce dynamique territoire fait travailler un grand nombre de ses habitants, car la région connait l’installation  de stations d’emballage des tomates qui s’exportent, principalement vers L’Union Européenne. Toutefois le nombre de ces stations est aujourd’hui en régression.

       L’agriculture est  pour ainsi  dire la source de vie de la majorité de la population. Ce territoire est, en effet, étroitement lié à l’élevage du bétail puisqu’il garantit une nutrition composée essentiellement des herbes et des chaumes. Notons que les pâturages libres, où domine une végétation variée, sont aussi à l’origine des sources nutritives pour les vaches, les ovins et les chèvres de la région.

  La pêche maritime :

       La régression qu’a connue la région au niveau de l’exportation des produits agricoles a poussé les habitants les plus jeunes à  chercher du travail ailleurs. Dès lors, la plupart des jeunes Ayiriens ont émigré vers les Provinces du sud marocain pour travailler dans le domaine maritime. Cependant, le dynamisme de ce secteur  amorce, à son tour, ces dix dernières années  une   régression remarquée.

       Toutefois, un nombre important des   habitants de la région continue de vivre de la  mer d’Ayir en pratiquant la pêche à la canne ou encore en cueillant les mollusques, comme les moules, dont le commerce atteint son paroxysme pendant le mois du Ramadan, et, qui s’explique par la demande des villes avoisinantes (Safi, Casablanca….).


Le tourisme et l’artisanat :

       Le premier commentaire que peut faire l’observateur concernant les activités touristiques est que ce domaine est quasi-inactif. Et pourtant, la région se distingue par un potentiel touristique qui possède de grands atouts dans l’étendue côtière de la région comptant, au moins, dix-sept kilomètres. Ainsi, grâce à ce potentiel, Ayir pourrait devenir un vrai pôle de tourisme à condition   de doter la région de stations balnéaires et de   complexes touristiques.

       Quant à l’artisanat, il s’agit d’un secteur fort prometteur eu égard des femmes d’Ayir  qui fabriquent habilement des produits artisanaux ; à titre d’exemple les tapis  ayiriens et  les objets décoratifs. Ce secteur  pourrait être la matrice d’une réhabilitation qui viserait à favoriser le secteur en encourageant la  création  des coopératives féminines artisanales ou encore  l’édification d’un complexe artisanal au sein de la région d’Ayir, ce qui ne peut, à notre sens, que valoriser le patrimoine artisanal et promouvoir les activités touristiques.


Les écoles coraniques à Ayir.

       Bien avant l’arrivée de l’enseignement public à Ayir, les fakihs ayiriens enseignaient à leurs disciples, issus de différentes régions du Maroc, les préceptes de l’Islam et la science du coran dans des écoles construites à cet effet.  Abou Lâbas Ahmed Ben Radi Al Kanouni, Abou Lâbas Ahmed Ben Abdurrahman Al Hadouchi et Abou Lâbas Ahmed Ben Lhadj figurent en tête de la liste  des fakihs et prêcheurs de la région d’Ayir. L’apport de ces fakihs et d’autres a été très important ce qui se justifie par le savoir qu’ils ont transmis d’une génération à l’autre. L’appellation « région des Tolbas » qui qualifie Ayir est donc bel et bien significative.


       Actuellement, cet héritage demeure encore vivace. Effectivement, la présence des écoles coraniques telles que celle de la confrérie de   Sidi Ahmed Radi réservée à l’apprentissage et l’étude du Coran assure à l’enseignement traditionnel et théologique sa pérennité à Ayir.


Safi et les Portugais

       Au cours du neuvième siècle de l’hégire (XVème siècle) et à l’ébauche du règne des Wattassides, la situation du Maroc connaissait une détérioration touchant profondément  les différents secteurs de la vie,  ce qui a permis aux Portugais de coloniser et d’exploiter la plupart de ses côtes pour  les ressources qui s’y trouvaient et la proximité de la mer. Safi subissait alors le même sort que les autres villes  du Royaume à tel point que la Cité de la sardine connaissait ce qu’appelle Mohamed Ben Ahmed Al Kanouni Al Abdi  un  trépas moral. Les  différentes forces locales  n’ont pas pu mener à bien le bateau de la politique safiote, chose qui trouvait ses expressions dans les relations conflictuelles mettant face à face les partis qui constituaient  la scène politique de l’époque. Par conséquent, Safi tombait dans le piège de la colonisation portugaise après de longues et dures guerres   dès l’an 910 H /1504 après J.CH. Des monuments tels que le Château de mer, la Cathédrale et la forteresse d’Ayir sont des témoins de cette période  de l’histoire de Safi.

   

       L’arrivée des Saadiens au pouvoir mettait fin à la présence portugaise à Safi et sa région. En effet, après des guerres ardues (947 et/ou 948 de l’hégire /1540 ou 1541 après J.CH), le scénario de la colonisation portugaise n’était  que de mauvaises réminiscences. Les Saadiens ont également pu donner à la forteresse d’Ayir sa lettre d’affranchissement grâce à l’intervention décisive du Chérif Abou Abdullah Mohammed  Saadi en 1517. La forteresse de Oualidia était, à son tour, restaurée après le déclin des Portugais par Eloualid Ben Zaydan Saadi (appellation à partir de laquelle Oualidia tire son nom).

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Par. Abdelkader RAJA, in La Casbah d'Ayir du Chercheur Brahim KREDYA, traduit vers le français par A. RAJA.  

 

 


N.B:

        - Pour parler des questions relatives à l’agriculture et les habitants, nous avons tiré profit de la monographie de la région ainsi  d’un extrait d’un mémoire de licence intitulé Atahawolat almajalya bi Ayir (changements du domaine à Ayir) réalisé par Mohammed  ATLASSI  .

Rédigé par raja abdelkader

Publié dans #Histoire et traditions

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