Lecture dans le Vieil Homme et La mer de Rachid NAIM.

Publié le 15 Juin 2010

le viel homme et la mer

Cela  fait presque  un an que je m’immisce  dans  l’art photographique ; un art qui commence à me prendre par la gorge quoique novice.

En jetant des  regards hagards  à une pléthore de photographies marocaines produites par des photographes/ chasseurs ( Lamia Naji,  Thami  Benkirane et autres ) la fantaisie de faire une lecture de l’une de ces photographies me prend. L’ultime choix, après une longue perplexité, est de travailler sur une photographie d’un safiot, en l’occurrence, Mr Rachid Naim, un  enseignant à la faculté poly-disciplinaire de Safi.

Partant de l’idée barthienne qui consiste en le fait que tout est récit et de la constatation que le texte est une toupie qui n’existe qu’en mouvement, pour la faire surgir il faut qu’il y ait un acte : La lecture. Nous analyserons dans cette logique la photographie du Vieil Homme et La mer en adoptant une démarche digitale qui appréhendera les éléments les uns après les autres de façon progressive et analytique.

Une identification primaire nous donne à voir dans cette photographie intitulée le Vieil Homme et La mer, que nous avons affaire à une scène présentant, comme l’indique déjà l’intitulé,   un homme devant une  mer apparemment agitée : l’homme est placé à droite et des roches noires à gauche. Reste à ajouter que l’homme est vêtu à la marocaine comme en témoigne la djellaba noire ce qui revient à dire que la scène est prise au Maroc.

Pour évoquer le moment de la prise de vue, nous dirons que la photographie est chassée pendant une promenade pré-vespérale ce qui trouve sa justification  et dans le caractère tiède de la photographie et dans la djellaba portée par le vieil homme dans le dessein de se mettre à l’abri du petit vent frais qu’on peut déguster lors de ce moment de la journée.

Il est patent que le photographe a eu recours  au  cardage horizontal lors de la prise de vue. Ce choix  n’est point aberrant compte tenu des pistes de lectures préalablement escomptées par l’auteur. Supposons que ce dernier a effectué un cadrage vertical ; la photographie ne véhiculera guère les portées sémantiques qu’elle aura  avec un cadrage horizontal. En fait, le cadrage vertical privera la photo de son vernis significatif et diminuera inéluctablement les axes de lecture   ce qui donnera naissance, par conséquent, a une photo où sont placés deux éléments dans la même ligne de force. Néanmoins, le cadrage horizontal  confie à la photographie son pouvoir sémantique et chasse tous les éléments parasitaires à la fonction significative désirée par l’auteur.

Parler du format de l’image c’est parler du format rectangulaire classique. Quant au point de vue, le photographe a réalisé une prise de vue relativement loin des sujets incarnés dans la photo en opérant ainsi une vision d’en haut eue en vertu de la position prise sur  la petite dune de sable qui sépare le photographe des sujets photographiés.

Le plan adopté dans la photo est un plan d’ensemble qui regroupent deux éléments majeurs à savoir l’homme et la mer. L’homme, le sujet placé à droite n’occupe pas le centre de la photographie chose qui nous parait judicieusement faite de la part du photographe que son but n’est autre que d’éviter de rendre la photo plate.

En ce qui concerne les couleurs, le premier commentaire  que le lectorat peut  faire est que l’image est en noir et blanc, les couleurs sont donc des couleurs froides : (le noir et le blanc) ce qui offre à l’image un rythme à la fois lent et stable. Notons également que les autres couleurs ne constitueront aucune  valeur ajoutée puisque le noir et blanc se suffisent à eux-mêmes pour donner à la photographie sa vocation esthétique et sémantique.

La dimension du cadrage dont les signifiés sont  le calme et la quiétude renvoie à la profondeur et la distance par rapport aux sujets photographiés. Il n y pas lieu de parler également  en termes d’une intimité entre le photographe et  le  sujet humain (le vieil homme) ; l’aspect vestimentaire (la djellaba noire) de celui-ci ainsi que l’éloignement relatif par rapport à la scène photographiée viennent pour témoigner de cette distance.

Nous pouvons ajouter de même  que le cadre permet de dominer les deux sujets et dégage une impression de solitude et de détresse. Le recours au noir et blanc intensifie ce sentiment. A cela s’ajoute que les couleurs froides de la photo mettent en scène  à la fois ce malheur et ce manque de sécurité ressentis par le vieil homme.

 La prise de vue nous renseigne sur la dimension culturelle de l’auteur. En fait, le sujet humain qui a une importance capitale  dans la lecture de la photo est placé dans la partie droite  de la photographie ce qui détermine une donnée relative à l’habitude culturelle de l’auteur et qui a influé inconsciemment sur  le choix de la prise de vue. L’habitude culturelle de laquelle il est question réside dans la conception que nous avons nous les marocains de  la droite soit sur le plan religieux (en guise d’exemplification : Commencer par le pied droit à l’entrée de la mosquée)  ou celui relatif à la façon de transcrire la langue arabe (de droite à gauche). Le photographe avait le libre choix - surtout qu’il était en position de derrière – pour invertir l’ordre de la photo et situer ainsi le vieil homme dans la partie gauche,  mais l’habitude culturelle a  parlé en lui à son insu.

L’emplacement du sujet humain dans la partie droite connote cette fuite du  présent, du vécu amer  pour explorer de nouveaux horizons et  sentir le bonheur de quelques rares moments de sérénité. Le caractère obsessionnel du réel est fortement présent dans la photographie chose qui se trouve incarnée moyennant  le roc occupant une marge de la partie gauche de l’image et qui se prolonge dans le hors-champ. Le roc est l’image allégorique de la fermeté du vécu délaissé momentanément.    

Le vieil homme à la djellaba est en quête d’autrui, d’une altérité unique de son genre,  un autre moins négligent, moins bavard, un autre qui prête généreusement ses oreilles. Les vagues de la mer écumeuse  émettent  successivement des cris stridents de colère, les écumes expulsent des expectorations aux visages de ceux à l’origine de la solitude du vieil homme.  

Somme toute, nous somme devant une  scène où un vieil homme s’évade du vécu écrasant,  un vieil homme qui effectue -   le photographe le fait également- une descente aux racines,   à la mer, à  l’eau : Sa matière constitutive.

 Nous espérons que notre lecture modeste a pu dévoiler, de sa manière,   les mystères formels et sémantiques de  la photographie du Vieil Homme et La mer.

Rédigé par raja abdelkader

Publié dans #analyse littéraire

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FERRARIS 04/12/2016 20:30

En préparant une évaluation pour mes élèves (je suis enseignante française de lettres au Maroc) en "surfant" je suis tombée sur votre blog. J'ai trouvé très pertinent et sensible votre article. Merci. Cordialement.

hajiba 22/08/2010 18:21



Belle lecture, j'ai bcp aimé.


 Merci et bonne continuation