Souvenirs d'enfance

Publié le 20 Janvier 2010

PICT0002.JPG

Ces derniers jours les mots commencent  à me blâmer davantage faute d’une certaine obnubilation d’autres sujets. Le JE  qui dansait  impétueusement dans mes  mots d’hier vient rendre son âme à la déesse du trépas.  

Dégrisé d’une ivresse ample, je dessine douloureusement la première lettre « J » sur la page blanche de mon petit écran en vue de taper timidement la tombe  des mots intensément cimentée. J’essaie vainement d'écrire quelques syllabes qui m’enfonceront lamentablement la piqure de rappel.

Présentement,  je consulte les documents pédagogiques de mes élèves en  posant ce corps lourd sur la chaise de mon bureau pour faire solennellement l’enseignent. Arrivée devant moi, Sanaâ dépose lâchement le cahier de cours. Dans un geste d’inadvertance le cahier se coupe en deux. Du coup les deux parties du document  se précipitent  pour s’éparpiller isolément  sur le sol de la classe. Il se trouva dans une salle  du  premier étage de son  collège ; c’était une classe qui donnait à la fois  sur les terrains sportifs et sur des arbres inutilement plantés. Rompant avec ses classes primaires L’enfant se rendait compte par la suite qu’il était en pleine période de prise de contact avec ses nouveaux professeurs. Il se rappelait comme s’il était hier un enseignant d’instruction islamique actif - comme en témoigne son nom - au ventre ballonné et ayant une  grosse tête, faire face à cet enseignant donnait  à cet enfant l’impression qu’il est devant le maître de l’école coranique où il apprit les premières sourates du saint coran.

Pareillement à ce que je fais maintenant.  Le professeur consultait nos cahiers de cours en exigeant que celui-ci soit volumineux (200 pages) pour contenir à mon sens la pesanteur des cours qui passait souvent à côté de nos attentes. C’était sincèrement une matinée chaude, la classe n 2 l’était également ou davantage. Le silence primait à tel point qu’on écoutait le nasillement des mouches,  Ce silence quasi-religieux était parfois interrompu par des insultes proférées contre les enfants qui ne présentaient pas le fameux cahier à 200 pages contenant les premières leçons d’instruction islamique. L’enfant tremblait en écoutant les sanglots de ces nouveaux camarades et les gifles qui se distribuent à tort et à travers.

Une fois son tour arrivé, il prenait son cahier à la couverture bleue et avance à pas déséquilibrés    vers son professeur comme s’il  eut affaire à un juge d’un tribunal. L’enfant présenta son cahier au professeur, ce dernier le feuilleta en épiant  cette écriture maladroite qui décorait les premières pages du cahier. Hochant machinalement sa grande tête, le juge rendit le cahier à l’enfant qui se tenait dans une  posture fixe. Enchanté de passer cette pénible épreuve, il reprit son cahier avec un geste véhiculant une certaine confiance de soi de façon à ce qu’il ait lâché   le volumineux cahier pour se disperser sur le sol de la classe en deux parties.

« Fils d’enculé  » s’écria véhémentement le professeur d’instruction islamique bien sûr.

Foudroyé par cette gifle qu’il reçut sur sa joue droite notre enfant regagna sa place et   débuta ses larmes interminables.

Certes, parfois on a du mal à revoir les scènes du passé se reproduire à nouveau devant nos petits yeux. Mais il s’agit bel et bien  d’une occasion fort opportune et pour faire un certain recul par rapport à son propre passé et pour égayer son présent per les  sanglots d’hier.

Le cahier fabriqué par l’enfant que j’étais n’était autre que le rassemblement de deux cahiers chacun comptait  100 pages étant donné que les marchands de son tout petit village n’avaient pas dans leurs épiceries des cahiers de 200 pages.

Caressant ma joue droite, je fais terme à ce flash-back. Impressionnés par cette longue distraction mes élèves me jettent avec des regards où se mêlent ingénuité et étonnement. Pour retirer le rideau sur cette scène enfantine je dis sagement  à Sanaâ :

- «  Fignole ton cahier ».

Rédigé par raja abdelkader

Publié dans #mes textes

Repost 0
Commenter cet article

VITA 03/02/2010 15:41


Un article touchant....Ds un petit village, on vit avec ce que l'on a et on essaie de faire ce que l'on peut. Une certaine cruauté d'exiger sans savoir....VITA


majda 01/02/2010 16:37



j ai aimé ton article,

 t es doué d une mémoire surprenante et d un style souple!
 
bonne continuation;.)



El badaoui mohmed 20/01/2010 21:06



كعادتك يا أستاذ تبدع في الكلمات فتأخدنا معك في بحر لا متناهي من سيول المعاني الراقية فتحية إجلال و إكبارلك. قال نتشه: لولا الفن لقتلتنا الحقيقة