Traditions de la célébration de l'Aïd-el-Kébir à Ayir

Publié le 9 Février 2010


Qu’est-ce qui différencie l’être humain de l’animal ?  C’était une grande question soulevée par  l’anthropologue  français Claude Lévi-Strauss et qui l’a conduit à  réaliser que l’être humain n’est pas uniquement un être naturel ou encore biologique,  mais il est un être culturel étant donné qu’il vit dans une société et ce dans la finalité d’assouvir son caractère grégaire. Pour faire la distinction entre le naturel et le culturel  Lévi-Strauss lie le naturel à tous ce qui est universel c’est-à-dire ce qui est commun et relatif aux critères biologiques. Cependant il rattache le culturel à tout ce qui gravite autour du mot  ″règles ″.  Eu égard à cette distinction, Lévi-Strauss définit la culture comme étant un tout complexe englobant : Les moeurs, les attitudes affectives, la manière de voir le monde,   les arts, les façons de penser…

La diversité culturelle est un constat inéluctable dans l’analyse des groupes sociaux, des civilisations, et des systèmes d’organisation. Laquelle diversité dépend de plusieurs facteurs  dont les circonstances géographiques, historiques et sociologiques qui pèsent lourdement sur les caractéristiques de la culture d’un groupe social.

Dans le même ordre d’idées Mostapha Mohsine      voit que la culture est un organisme de connaissances, de valeurs, de symboles, de critères, de convictions, de traditions, de règles et de modèles de penser et d’agir sur lequel s’appuient la manière de vivre et de concevoir le monde d’une communauté délimitée dans le temps et dans l’espace. En d’autres mots, la culture est une acception à la fois complexe et compliquée compte tenu de la pluralité d’aspect qu’elle assimile.

La culture populaire est considérée comme une composante essentielle de la culture générale d’une société. En sus de cet avantage, la culture populaire a suscité l’intérêt des spécialistes et des chercheurs en matière de sociologie grâce à deux dimensions majeures, en l’occurrence, la diversité et la richesse.

Parler de la culture populaire, c’est parler des adages, des chants, des croyances, des traditions, des contes, des formes d’expression et de comportement. Il s’avère important de signaler dans cet égard que la culture populaire, comme le montre grandement le qualificatif populaire,  est l’apanage des classes sociales dites populaires s’opposant ainsi à la culture qualifiée d’élitiste quitte à l’appeler  savante.

La culture populaire est le champ d’investigation d’un grand nombre d’études qui essaient à leurs guises de dévoiler les  grands aspects et manifestations de cette culture. De même, l’intéressement accordé  à la culture populaire s’augment d’un jour à l’autre parce que la question culturelle est l’une des constituants centraux de la question sociale comme l’affirme judicieusement Mostapha Mohsine.

L’une des problématiques qui se pose avec acuité au niveau de la culture populaire  est l’influence du modernisme et de la mondialisation. Dans l’un de ces articles journalistiques le chercheur en sociologie Mohamed Ghalam tire la sonnette d’alarme sur les retombées  des nouvelles tendances sur la pérennité de ce genre de culture. L’importance accordée  aux différentes formes de  culture populaire démunie de temps en temps faute de la présence parfois exagérée des nouvelles technologies.

Les us qu’organisent les marocains pendant la célébration de la grande fête (Aïd al Adha ) relèvent de la culture populaire dans le sens où il s’agit des traditions qui se font depuis  longtemps   et qui se pratiquent presque dans la totalité du royaume,

PICT0711Le centre Laakarta  sis au nord de la province de Safi et de laquelle il  dépend administrativement n’a pas raté de célébrer  ces traditions, celles-ci  se répartissent en deux grandes parties que nous expliquerons ci-dessous :

La première partie :    Elle coïncide avec  le jour de l’Aïd, elle consiste en le fait que deux personnes ou plus s’habillent de fourrures de moutons dont le nombre est de l’ordre de sept.  Nommée en arabe ( Sbaâ ben Lbtein) ce qui renvoie au nombre de Btayn ( fourrures) porté par les personnes, cette tradition commence avant le coucher de soleil pour se prolonger jusqu’à minuit au maximum. Les personnes habillées en  fourrures  sont majoritairement accompagnées d’un groupe musical qui assure des chants mélodieux. Sbaa ben Lbtein de temps en temps fait quelques danses à la fois  folkloriques et marantes ce qui donne l’occasion au public  de s’amuser en suivant de près les mouvements de Sbaa ben Lbtein. La  tâche de celui-ci réside dans la poursuite des personnes afin de les attraper. Quand il le fait, il donne quelques coups d’un battoir à la personne attrapée tout en demandant quelques pièces d’argent. Une fois la tradition de Sbaa ben Lbtein est terminée, les  personnes  se chargeant de représenter cette tradition se déshabillent de leurs fourrures maculées  de sang tout en sentant le bonheur et  d’avoir fait la tradition de Sbaa ben Lbtein et d’offrir au public des moments de réjouissance collective.

PICT0485La deuxième partie : Quant à la deuxième partie de ses festivités folkloriques, elle coïncide avec  la deuxième journée de la célébration de la fête de l’Aïd. Appelée « Bouhayrous » un mot dérivé du verbe de l'arabe dialectal هرس   (HARRASSA) qui est synonyme de كسر ( KASSARA)   en arabe classique et du    verbe casser en langue française.

La tradition « Bouhayrous » se déroule pendant toute la deuxième journée de l’Aïd, elle est organisée par les jeunes de la région accompagnés de quelques hommes âgés qu’on a l’habitude d’appeler « Lmokkadmia » c’est-à-dire ceux qui guident  le groupe et qui s’occupent  de collectionner l’ensemble des dons  donnés par les habitants de la région. Ces dons peuvent prendre les formes suivantes : Argent, pain de sucre, œufs. Le chef des Mokkadmia se charge de la somme d’argent ramassée que l’on exploite dans des activités humanitaires et dans la construction et l’équipement des mosquées de la région. Toutefois les œufs et les pains de sucre se vendent à la fin de la journée dans une cérémonie à laquelle assistent  femmes et hommes ; le prix d’un seul œuf peut atteindre 10 dirhams, il en est de même pour le pain de sucre qui dépasse parfois 200 dirhams.  Somme toute,  la tradition se déroule dans de bonnes circonstances où  se mêlent  rires  et amusement.

Rédigé par raja abdelkader

Publié dans #Histoire et traditions

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