« Chacun de nos actes met en jeu le sens du monde et la place de l’homme
dans l’univers. » 1
Nous nous sommes donné dans cet article la tâche de présenter succinctement les
grandes lignes d’un travail académique, en l’occurrence, le projet de fin d’étude fait dans le cadre de l’année universitaire 2006 /2007 à la
faculté poly-disciplinaire de Safi. Le travail avait comme finalité d’étudier les manifestations de la thématique de l’absurde dans l’Etranger de l’écrivain français Albert CAMUS.
Préambule :
Il va sans dire que l’écriture camusienne s’inscrit dans le cadre de cette fracture littéraire qu’ont connue les traditions romanesques au fil du XXe siècle. En effet, on ne parlait plus en termes d’une littérature chargée des signes les plus spectaculaires d’ornementation et d’embellissement, mais la création littéraire se caractérisait par une absence idéale voire mythique du style « l’écriture se réduit à une sorte de mode négatif dans lequel les caractères sociaux ou mythique du langage s’abolissent au profil d’un état neutre de la forme. »2. La création littéraire se trouve donc foncièrement affectée par les crises historiques, politiques et morales de cette période chaude de l’histoire universelle.
L’absurde:
Du latin « absurdus », le mot absurde est synonyme de « dissonant ». En philosophie le mot absurde est utilisé chez les existentialistes pour caractériser ce qui est dénoué de tout sens préétabli. L’absurde se définit comme étant « la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au profond de l’homme.» 3. Plus précisément l’absurde est le fruit de ce rapport antinomique entre l’absurdité de la réalité et la conscience humaine. La philosophie de l’absurde dont le fondateur est Albert CAMUS tire ses origines du désastre produit par les deux guerres glorieuses du XXe (1914-1918), (1939-1945) qui ont ensanglanté le monde. De surcroît les théories scientifiques sont ébranlés ; la science n’est parvenue à expliquer le monde que par une image celle d’une espèce d’ « Invisible système planétaire où des électrons gravitent autour d’un noyau. »4. dans le même ordre d’idée l’un des aspects les plus fracassants de la vie est le caractère à la fois routinier et machinal de cette vie elle-même (lever, tramway, trois heures de travail, repas, tramway, lundi, mardi, mercredi………………). La vie s’écoule sur le même rythme, ce qui soulève la question du pourquoi de l’existence, du moment que les jours sont stupidement subordonnés à un lendemain qui est attendu mélancoliquement.
La philosophie de l’absurde se base sur quatre principes à savoir : la liberté, la passion, le défi et la révolte. Quand à la carrière camusienne, elle s’articule autour de deux pôles essentiels : L’absurde et la révolte Correspondant à deux étapes de son itinéraire philosophique ; le premier pôle comporte une sorte de prise de conscience du non-sens de la vie qui conduit à l’idée que l’homme est libre de vivre, quitte à payer les conséquences de cette liberté. Ce pôle se trouve représentée par l’Etranger(1942), le Mythe de Sisyphe(1942), Les Justes(1950), l’Etat de Siège(1948) et en 1944 par deux pièces théâtrales, en l’occurrence, Caligula et le Malentendu. Le deuxième pôle revêt l’aspect révolutionnaire de l’homme vis -à- vis de la catastrophe, ce caractère trouve ses expressions dans la peste(1947), l’Homme Révolté (1851). Force est de constater que la plupart des œuvres de Camus ont le même contexte à savoir le contexte algérien, et d’une manière générale elles se rattachent à la culture méditerranéenne.
L’impact de l’Existentialisme sur Camus :
L’Existentialisme est en principe une doctrine philosophique conçue et formulée essentiellement par le philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976), dans son ouvrage L’Etre et le Temps (Sein und Zeit), paru en 1927. Sartre s’était inspiré des idées de cet ouvrage pour exprimer sa propre réflexion à travers L’Etre et le Néant publié en 1943.
L’Existentialisme affirme le primat ou la priorité de l’existence par rapport à l’essence, Camus se trouve influencé par la pensée sartrienne ce qui trouve ses grandes manifestations dans son écriture et le choix de ses thèmes. C’est pour cela qu’il s’avère nécessaire de révéler que Sartre et Camus partagent plusieurs points communs; si on constate une espèce d’indifférence dans l’Etranger de Camus. Nous concevrons également une crise du roman chez Sartre comme le montre amplement La Nausée, grosso modo pour les deux « La nature humaine apparaît comme privée du vernis culturel, du sens social »5.
L’absurde dans l’Etranger :
L’Etranger incarne au lecteur l’histoire d’un personnage indifférent à tout ce qui l’entoure, à sa mère, à Marie qui l’aime en un mot, il s’agit d’une personne naïve qui ignore toutes les conventions sociales et donne libre cours à ses réactions absurdes (un être-pour-soi). Compte tenu de ces quatre coups de pistolet donnés à L’Arabe, Meursault goûtera la vie de la prison ; une période de privation et d’insatisfaction à l’attente de la sentence inéluctable.
L’histoire peut paraître simple aux yeux d’un public milieu cependant pour un grand public l’histoire de Meursault dépasse carrément cette interprétation étroite. En fait, Meursault est l’image du citoyen du XXe qui n’a d’autres réponses à l’absurdité du monde que la complexité, l’étrangeté et la bizarrerie de ses comportements.
Meursault n’a pas pleuré la mort de sa mère certes, mais le procès de Meursault prendra une autre dimension. En effet, l’affaire de ne pas pleurer sa mère se trouve privilégié aux dépens du meurtre, ce qui met en exergue l’absurdité d’une société rationnelle qui ne sait pas à quel sain se vouer.
« La révolte de Meursault est celle d’une nature maltraitée par l’idéologie, par la culture. »6
En somme l’Etranger met en scène ce rapport contradictoire entre l’homme et son propre univers, l’absurde individuel est une manière entre autres de combattre l’absurde de la réalité, du monde également.
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Récapitulatif bibliographique.
- 1 : Foulquié (p), 1979, l’Existentialisme, p : 66, paris, que sais-je.
- 2 : Barthes (R), 1953, le Degré Zéro l’Ecriture, P : 60, Paris, Seuil
- 3 : Camus (A), 1942, le Mythe de Sisyphe, P : 112, Paris, Gallimard
- 4: Ibid.
- 5: Zima (Pv), 1988, l’Indifférence Romanesque, p : 159, imprimerie de recherche-Université Paul Valery, Montpellier.
- 6: Ibid.
Aujourd’hui les choses ont tellement changé que je n’arrive pas à distinguer ses innombrables succès. Faute d’un flash-back ses yeux faisaient (ou du moins feraient) signe d’un contentement fulgurant. Le surenchérissement des prix ; cela vous dit quelque chose. La rougeur des paupières s’est éteinte dès le moment où l’apparence ne mett(r )ait point du fard aux émotions du cœur, à ses battements accélérés. Une vague de thé rouge m’invite ; des bribes de pain noir trempé dans le sable. Un clapotement. Vous l’avez vue, cette peau de vache. Il a été bluffé de le voir cracher au visage de cet élève. Comportement civique, moraliser nos glorieux hôpitaux, cellule d’écoute mais, à son avis, qui écouter ???. Cède la parole à un ressac pour nous murmurer quelques phonèmes à la fois cafardeux et insipides. Par force elle occupe encore le devant de la scène, « Merendina » décorait nos plats copieux, aujourd’hui non plus. Néanmoins, un arrangement à l’amiable, elle cesse de me cracher ses somptueuses fleurs au visage.
Michel Butor est
très influencé par les œuvres d’art d’une manière générale, déjà son caractère encyclopédique lui a permis de s’ouvrir sur l’art, ce qui se manifeste amplement dans ses œuvres et plus
particulièrement La Modification. A l’instar des autres œuvres d’art.
Lorsque les mythes ne sont plus des objets de foi ils deviennent des simples fables qui continuent d’imprégner l’imaginaire de l’homme pour devenir des sources d’inspiration
pour les artistes et les écrivains, c’est pour cela qu’ils occupent une grande place dans La Modification.
A travers Léon Delmont, Butor reprend le mythe d’Enée qui partage en commun avec Léon le fait qu’ils effectuent ensemble un voyage initiatique, le mythe est introduit sans la moindre indication, ni la brève introduction, néanmoins il y a des indications mais pour les découvrir il faut un effort mental de la part du lecteur à ce propos Léon dit : « Vous essayez une autre position, fermant les yeux parce que la lumière commence à vous gêner. »( La Modification , p : 214), moyennant cette phrase le lecteur et Léon entament ensemble un transfert profond de l’état conscient vers l’état inconscient, il s’agit comme le détermine Nathalie Sarraute dans son livre le langage dans l’art du roman des « Mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience ; il sont à l’origine de nos gestes. », au niveau de la narration nous constatons effectivement un grand changement à savoir le pronom personnel vous qui se transforme en un il qui laisse le sujet suspendu. Via la phrase « S’il sent vraiment une fumée, c’est qu’il doit y avoir quelqu’un. »( La Modification , p : Ibid), nous sommes déjà au sein du mythe d’Enée, celui-ci entend en approchant « Une autre respiration lourde, rauque. » ( La Modification , p : Ibid), il s’agit en effet d’ « Une femme immobile qui regarde un livre. » ( La Modification , p : Ibid), elle a un « Cœur sauvage » (Chant VI de L’Enéide de Virgile), qui « Se gonfle de rage et elle apparaît plus grande. »(Ibid) En outre, son « Chuchotement considérablement amplifié devient semblable au bruit que fait le train dans un tunnel.» ( La Modification , p : 214), de même que « Sa voix n’est plus d’une mortelle quand l’atteint le souffle puissant. » (Chant VI de L’Enéide de Virgile), nous remarquons vraiment la même représentation de la Sibylle et sa grandeur sauf que le mythe prendra par la suite une forme légèrement différente dans la mesure où les deux gâteaux comme dit la Sibylle : « Je puis te munir de ces deux gâteaux. »( La Modification , p : 215) prendront la place du rameau d’or. Par l’intégration de ce mythe Léon veut rapprocher son voyage au voyage d’Enée, mais cette fois en ironisant car le voyage d’Enée vise un but primordialement noble. Le voyage de Léon a un dessein fastidieux en un mot la trahison, Enée cherche à découvrir le pays des morts et également pour s’assurer sur ses descendants, Léon entame son voyage pour le but inverse, c’est- à- dire trahir sa femme.
Quand au dernier jugement de Michel-Ange il est introduit par Léon en disant : « Il n y a plus qu’un nuage épais qui se répand dans le lointain. »( La Modification , p : 216), accompagné d’une « Grosse lueur orange dans la vapeur. »(Ibid), à cela s’ajoute: « Sur une chaise curule est assis quelqu’un nettement plus grand qu’un homme. »( La Modification , p : 226), toutefois la constatation que cet homme a deux visage ; le premier est « Tourné vers le malheureux » ( La Modification , p : 225) et que « L’autre tourné vers la porte. »(Ibid) se trouve modifié à son tour, par cette interprétation Léon veut nous révéler que l’homme assis n’est autre que Léon lui-même ; la porte signifie que Léon pense au retour du moment que la porte du compartiment lui est devenue un ami, le malheureux que représente l’autre visage est une image métaphorique de ce but ignoble que Léon cherche à accomplir.
Vue générale du Jugement dernier
Léon passe à un autre détail à savoir Charon en disant « Une barque sans voile avec un vieillard debout armé d’une rame qu’il tient levé sur son épaule, comme prêt à frapper. »( La Modification , p ,220), l’image ne représente plus un vieillard, mais elle présente un homme fabuleux prêt à tout engloutir, nous assistons à une personnification de Charon de la part de Léon, le vieillard n’est encore autre que Léon qui , selon la première phrase du roman, nous parait comme le prototype des vieillards. Léon révèle par la suite qu’ « Il y a une odeur de roseau, de vase »( La Modification , p :224), c’est une constatation purement ironique dans la sens où le tableau ne livre aucun signe de vie.
A la fin de la page 220 Léon détermine que la barque de Charon est en fait le train de Léon « Puis il est passé sous la porte Majeure et vous êtes entré à Rome. » ce qui signifie qu’il y a vraiment « Une certain inadaptation du langage du passé. »(Lalande (B), 1984, La Modification , p : 47, Paris, Hatier).
Charon détail
En somme les références mythologiques comme les références historiques sont très récurrentes dans La Modification de manière à permettre Léon de se découvrir en temps qu’un homme occidental, et également pour fuir la prise de conscience mais Léon se trouvera « Soudain dans une route toute autre de celle à laquelle il s’attendait, dans une lumière toute autre. » ( La Modification , p : 282), ce qui signifie que la barque de Léon est déjà paralysée.
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